Genève Aéroport, le 6 février 2019. L’enregistrement débute dans deux heures. J’ai vu large (on ne peut pas en dire autant du nombre de slips que j’emporte). Ça me laisse le temps de plonger dans l’ambiance d’un aéroport international. Plusieurs langues s’entrechoquent, les cultures et les couleurs se croisent. A l’autre bout de la table où je me suis installé, des touristes britanniques ont fait le choix d’un restaurant américain pour se rassasier. Leur McDo sent jusqu’ici et semble embaumer tout le hall. Je me désolidarise en me dirigeant vers un comptoir plus intime, que j’aurais même qualifié de sympa si les prix affichés correspondaient à des valeurs en Dirhams et non en Francs suisses. Une serveuse souriante m’accueille en roulant des hanches et des « r ». Au bout de quelques secondes, je parviens à extraire notre échange du strict cadre alimentaire et lui demande d’où provient ce si joli « rrrrr » que je crois reconnaître. « Jé souis italienne », me dit-elle. L’acné qui constelle ses joues n’y fait rien, le charme opère. Non content de lui régler un sandwich et une boisson, je lui aurais volontiers offert un traitement Roaccutane si j’avais pu donner suite à notre échange. Ce n’est pourtant pas le moment, je saisis mon plateau en saluant Jessica, La-jeune-fille-originaire-de-Varese-près-du-lac-de-Côme-qui-fait-ses-études-en-Souisse. En m’asseyant, je réalise d’une part que les amateurs de gastronomie américaine sont partis et d’autre part que j’aborde désormais le transport des plateaux repas avec une aisance qui ferait pâlir l’adolescent boutonneux et fébrile que je fus.
Les terminaux d’aéroport sont aussi le théâtre d’un jeu qui me permet de patienter moins douloureusement. Le jeu du « Qui-sera-avec-moi-dans-l’avion ? ». Truffe au vent, je roule l’œil, je tends l’oreille. Des blondes à l’air glaçant passent près de la table où je déguste mon sandwich. Elles parlent ce que je crois être du Russe. Vu les autres destinations autour de l’horaire de mon vol Genève-Kiev, je décide de mettre un billet sur ces deux-là : on se reverra à bord de l’avion.