Una mattina, l’envie d’écrire en italien m’a pris comme une envie de pisciare. J’ai dépeint ma colazione et tenté d’exprimer les instants d’anxiété et de piacere que procure la dégustation d’un œuf au plat. Pour vous faire partager ce moment (veinards !), j’ai décidé de transalpiner mon texte, écrit au départ dans la langue de Dante.
Œil pour œuf
Il est 10h passées. Impensable qu’ils me préparent le petit-déjeuner à une heure aussi tardive. Je sors de ma chambre, descends les escaliers qui mènent au rez-de-chaussée et laisse mollement tomber ma paire de fesses sur une chaise. Mon espérance, modeste : à défaut d’une véritable colation, obtenir ne serait-ce qu’un simple café. Avec moi, un livre et mon carnet de notes.
Peut-être la réceptionniste veut-elle se faire pardonner du check in désastreux de la veille, mais à ma grande surprise, j’ai bel et bien droit à un petit-déjeuner complet. Je commande un café vietnamien : noir, fort, avec ce parfum si caractéristique qui embaume désormais chacune de mes journées passées dans le pays. En guise de sucre, une larme de lait concentré.
Deux assiettes accompagnent ma tasse. La plus petite est colorée de trois généreux morceaux d’ananas et d’un fruit de la passion. La plus grande ressemble à un smiley : deux œufs en guise d’yeux, une mini-baguette en guise de sourire. « Xin Chao », lui murmure-je au creux de l’assiette.
Empoignant avec détermination mes couverts, je me prépare comme un chirurgien à une opération délicate visant à garder les jaunes d’œuf intacts le plus longtemps possible. Je prends mon temps mais sais qu’il m’est déjà arrivé de trop attendre, laissant ainsi l’œuf continuer sa cuisson dans l’assiette, jusqu’à devenir dur. Je finis par me faire une raison et décide que le moment est venu de laisser glisser la lave or dans le cratère encore immaculé de mon assiette.
Timidement, je scalpe un morceau de blanc. Le jaune se trouve maintenant à un millimètre d’une chute en avant qui le ferait irrémédiablement couler dans mon plat. Mon couteau effleure la cornée de l’œil avec minutie. Le jaune craque immédiatement et entame sa course. Cœur, estomac et cerveau entrent dans un état de panique aigu : le moment de plaisir est arrivé et il faut à tout prix ne pas le gâcher. Je jette un bout de pain dans la lave tiède, puis après l’avoir ramassé, le porte à ma bouche, en savourant le moelleux de l’aliment et de l’instant.
En suçotant mes doigts, je réalise que la lave restée au contact de la céramique continue de s’écouler et de refroidir. Le temps nous est compté. J’interromps brusquement ce moment de jouissance pour m’en offrir un nouveau en répétant l’opération pain-œuf-bouche. Le liquide visqueux a déjà notablement refroidi, mais cela n’enlève rien à ce tiède moment. En quelques instants, l’œuf a disparu. Inquiétude, jouissance, satisfaction. Tout cela est passé si vite.
Je tente alors de me rassurer : mon plat rond au sourire baguette avait deux yeux, il a maintenant une allure de cyclope. Sous peu, il aura définitivement perdu la vue.

Con un uovo iniziò
Sono le 10 passate. Non mi prepareranno mai la colazione a quest’ora. Esco dalla mia stanza e scendo le scale che portano al piano terra, lascio cadere il mio sedere su una sedia con l’unica speranza di ottenere un caffè. Mi porto dietro un libro, una penna e il mio taccuino.
Saranno il check in e l’organizzazione sbagliati della vigilia, ma alla fine avrò diritto ad una colazione. Ordino un caffè vietnamita: nero, forte, con questo profumo molto particolare che ormai caratterizza ogni giornata passata in questo paese. Come zucchero aggiungono un pò di latte condensato.
Pochi istanti dopo aver ricevuto la mia dose di caffè, mi porgono due piatti. Quello piccolo è colorato da tre bei pezzi di ananas e un frutto della passione. Quello grande assomiglia ad uno smiley: due uova al posto degli occhi e una sorta di piccola baguette a mo’ di sorriso. Gli sussuro: « Xin Chao ».
Posate in mano, come se fossi un chirurgo, mi preparo ad un intervento delicato. Voglio tenermi i tuorli intatti il più possibile. Però mi è già capitato, spesso, di aspettare troppo, finché l’uovo non è diventato sodo (continuando la sua cottura nel piatto). Alla fine me ne faccio una ragione e decido che la cosa giusta da fare è iniziare subito a far scivolare la lava gialla dell’uovo nel cratere ancora immacolato del mio piatto.
Timidamente, taglio un pezzetto di albume. Ora il rosso si ritrova ad un millimetro dal colare. Vado. Il mio coltello sfiora la cornea dell’occhio. Il rosso si scioglie immediatamente e scorre sul piatto. Cuore, stomaco e cervello entrano nel panico: è giunto il momento della goduria, e non possiamo permetterci di rovinarlo. Butto un pezzo di pane in questa lava tiepida. Porto il pane ormai colorato alla mia bocca, assaporando la morbidezza dell’alimento e dell’istante.
Contemporaneamente, capisco che la lava rimasta sul piatto continua a scorrere e a raffreddarsi. Devo sbrigarmi. Accorcio l’istante di godimento per offrirmene un altro. Ripeto l’operazione pane-uovo-bocca. Il liquido vischioso è già un pò più tiepido. Me lo godo lo stesso. In un attimo, l’uovo sparisce. Ansia, goduria, soddisfazione. Tutto ciò è successo in pochi istanti. Ed è già passato.
Cerco di rassicurarmi: il mio piatto rotondo col sorriso a forma di baguette aveva due occhi. Ora mi fa l’occhiolino. Fra un po’, avrà definitivamente perso la vista.
Sympathique moment
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Jules, comment je fais pour m’abonner à ton blog ? J’ai juste une case à cocher ci-dessous (je l’ai fait) mais rien pour valider. Par ailleurs, j’adore ta dégustation matinale qui m’a mis l’eau à la bouche bien qu’il soit 22 h passées !
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Alors là, je t’avoue que je n’en sais rien… Je vois pas comment est faite la fameuse page. Peut-être t’es tu inscrit en cochant la case tout simplement, non ?
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J’espère ! J’aurai confirmation (ou pas) à ta prochaine publication…
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Belle écriture Jules qui m’a fait envie !
Sinon j’ai aussi du mal à m’abonner au blog , je re-essaye .
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Merci Fabi ! Ré-essaye, je vais mener l’enquête de mon côté parce que ça devrait être simple de s’abonner… Bise 🙂
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hello jules,
saveur partagée avec toi à l’instant. je me suis vue manoeuvrer tout pareil mon couteau, trembler tout pareil devant la rapidité de la jouissance. Et j’ai ri de ton émoi et du mien.je rêve de voyage, l’asie est si douce, et j’en fais un intérieur durant quelques jours, en attendant mieux.
Inutile de te dire de savourer cette escapade, je lis que c’est ce que tu fais. Depuis quelques jours, je jouis d’un repos forcé avec bonheur et… j’écris, je n’arrête plus d’écrire. et désormais, j’aurais aussi plaisir à te lire.laurence (pour situer s’il est besoin, ex grenobloise toujours amie de Joëlle et Alain… et toi
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Salut Laurence !
L’escapade est en réalité passée, mais en écrire quelques morceaux me permet de m’y replonger. Pas désagréable. Courage pour ton repos forcé. Merci pour ton message. Bises. Jules
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Mais au fait… Qu’est-ce que tu écris ?!
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